La lettre oubliée

C'est quoi le pitch? Jean Perdu, libraire de "La pharmacie littéraire", installée sur une péniche à Paris, a un livre pour tous les maux de l'âme. Il conseille et soigne les peines de chacun, mais ne parvient pas à se soigner lui-même, depuis qu'il a perdu Manon, une vingtaine d'années auparavant. Une lettre retrouvée par hasard dans un tiroir qu'il n'avait pas ouvert depuis tout ce temps va l'amener à s'engager dans un voyage au cœur de la Provence. Un périple qu'il vit accompagné d'un jeune écrivain souffrant du syndrome de la page blanche. Trouveront-ils un remède à tous leurs maux?

Mon avis : Un livre qui parle de soin par les livres, donc de bibliothérapie... Je ne pouvais qu'aimer !!! Et peu importe où en on est dans son chemin de lecture, celui-ci est un incontournable, rien que pour les messages distillés ici et là sur les bienfaits de la littérature, qu'on ait perdu un être cher, qu'on ait perdu confiance en soi, ou qu'on souffre d'une grosse peine de cœur.

Je commencerais par mon seul regret, une fois ce livre refermé : que les conseils littéraires, très présents au début du roman, ne soient plus qu'un lointain souvenir quand on a fini de le lire. Faut-il, à un moment donné, sortir de la magie des livres pour vivre sa propre vie? Cesser de vivre à travers des personnages pourtant si réconfortants, si proches de nous, et en même temps, purement imaginaires? Je ne crois pas qu'on puisse renoncer à la lecture, jamais. On souffrira toujours d'un manque, d'une douleur, qu'il nous faudra combler par la vie d'un personnage qui est déjà passé par là et qui nous donnera quelques clés pour nous en sortir. Nos lectures, en revanche, évoluent. On peut avoir des phases : moi, je suis dans ma phase lecture détente, no prise de tête, parce que j'arrive de moins en moins à me concentrer, que je veux pouvoir me divertir par les petits malheurs de tels personnages, racontés au second degré ! Parfois, je ne veux que des romans sentimentaux, ou des BD, ou une bonne revue...

Alors, aujourd'hui, recherche-t-on quelqu'un qui saura nous conseiller le livre-remède idéal? C'est tout le concept de la bibliothérapie. Personnellement, je crois qu'un livre ne suffit pas, il faut explorer tous les possibles, se construire à travers plusieurs histoires, parce que chacune est différente. On extirpe ici ou là ce qui nous intéresse, parce que, généralement, on se reconnaît dans un personnage, mais pas en totalité. Et on en tire des leçons.

Ce livre va vous amener à réfléchir sur le sens de votre vie, il va vous faire du bien, et, croyez-moi, vous ne pourrez plus vous arrêter de le lire ! Jean Perdu (le nom n'a pas été choisi au hasard), qui sait si bien conseiller les autres, cherche encore le livre qui le délivrera. Mais si, au final, c'était d'un véritable voyage dans le monde réel dont il avait besoin? Car, dans la vraie vie, quand on prend le temps d'y faire attention, il y a des gens, de sacrés personnages même, qui gagnent à être connus. Le personnage d'un livre ne sera jamais à votre écoute et ne vous tendra pas la main en cas de pépin. Il vous exposera son ou ses problèmes, ça vous rassurera ou vous réconfortera pendant quelques temps, car vous aurez trouvé plus ou moins un écho avec ce que vous traversez, mais l'échange sera assez limité.

Ce roman m'a fait comprendre que les rapports humains étaient également très importants. De nos jours, je trouve le monde tellement individualiste, pressé, inattentif à autrui. Quand je vais au travail, c'est le relationnel que je recherche, écouter les gens, parfois les conseiller, mais surtout les écouter, c'est ce qu'ils veulent. Ils ne vous connaissent pas mais vous livrent des pans de leurs vies. Un peu comme Jean Perdu, les gens viennent me parler spontanément de leurs petits tracas. Ils n'attendent pas nécessairement une réponse de ma part (d'ailleurs, je ne suis pas experte en problèmes relationnels, moi), mais le bibliothécaire doit prendre en compte le caractère social de son métier. Il doit mettre un lieu à disposition du public, un lieu où il se sentira "comme à la maison", où tout le monde se sentira à son aise, et à sa place.

Je m'éloigne un peu de notre roman, un voyage initiatique où il est question d'amitié, de deuil, de rapports humains, bref, un roman qui donne des idées pour donner envie de lire !

  • La lettre oubliée, Nina George, éditions Charleston
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