C'est quoi le pitch? Christophe André, humanitaire dans la région du Caucase, se fait enlever et est retenu plus de 100 jours dans des conditions minimalistes, sans savoir pourquoi lui ni si cette captivité cessera. 

3 raisons de lire ce livre : 

Dans la tête d'un otage. Comment s'imaginer le calvaire de personnes retenues contre leur gré, loin de leur famille, durant des jours, des mois, voire des années? Comment font-ils pour tenir le coup vaille que vaille? Incontestablement, il faut un mental solide pour ne pas devenir fou. Ici, peut-être que le trait est légèrement atténué pour ne pas plomber le lecteur, car notre otage montre très peu ses doutes, ses peurs, et remet toujours tout en perspective sans jamais trop déprimer. Quand on voit les réduits dans lesquels il se retrouve confiné, sans avoir de contact avec qui que ce soit, ou seulement ses ravisseurs russes qui maîtrisent à peine l'anglais, il y a de quoi en perdre la tête. J'ai beaucoup aimé la façon originale qu'il a choisi pour lutter contre l'ennui et les pensées négatives : passionné d'histoire et plus particulièrement des grandes batailles qui ont jalonné les siècles derniers, il se fait un abécédaire mental composé de généraux illustres. Alors, je me suis dit, et moi, dans cette situation, qu'est-ce qui me ferait tenir le coup? J'aime beaucoup l'Histoire aussi, mais pas au point de partir dans ce délire-là. Difficile de se mettre dans cette position, et d'ailleurs, ne cherchez pas à le faire, ça peut vous emporter vers des idées noires. 

Un roman graphique aux traits fins et minimalistes, en parfait accord avec l'intrigue. Ne vous fiez pas à son épaisseur (400 pages !), ce roman se lit très vite. Il y a très peu de textes (souvent une phrase par vignette), le dessin est soigné, coloré dans des tons très neutres (un gris-bleu qui nous plonge dans une atmosphère glauque), et les chapitres sont courts (un chapitre correspond à un jour de captivité). J'aime ces esquisses qui ne grossissent pas le trait, qui savent toujours orienter le lecteur vers des zooms et des détails, des prises de vue pertinentes. 

Une leçon de vie. Tout le long du récit, on se sent pris en étau, à l'étroit. Je pense au film "Buried" avec Ryan Reynolds, enfermé dans un cercueil et enterré. Une situation oppressante qui peut rapidement nous mettre mal à l'aise si on n'y prend pas garde et qu'on ne met pas notre empathie au placard. Vous ressortez différent de ce type de mauvaise expérience, et Christophe André a fait preuve d'une audace et d'un courage au moment propice, qui ne peut que nous laisser admiratif. 

Un ami m'a conseillé ce roman graphique, sans quoi je ne l'aurais peut-être jamais lu. A mon tour de vous le faire partager. Croyez-moi, vous ne le lâcherez pas avant de l'avoir fini ! 

  • S'enfuir - récit d'un otage, Guy Delisle, éditions Dargaud, 2016
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