C'est quoi le pitch? Mélodie a 11 ans et n'a jamais prononcé un seul mot. Gravement handicapée, elle ne peut rien faire seule. Et ne peut pas exprimer le fond de sa pensée, alors qu'elle enregistre tout ce qu'elle voit et entend. Lorsqu'à l'école, s'ouvrent les classes d'inclusion, pour Mélodie, c'est un nouveau champ des possibles. Et, équipée d'Elvira, elle peut enfin communiquer avec les autres et envisager de participer à un concours comme ses camarades. 

3 raisons de lire ce livre : 

Pour un nouveau regard sur le handicap. D'emblée, je vous le dis : ce roman est une merveille. Je l'ai commencé, sans trop voir où on allait à part droit dans le mur. C'est vrai, Mélodie ne peut voir aucune perspective d'évolution, elle est coincée dans ce corps qu'elle ne peut contrôler. Je me demandais alors, pourquoi écrire un roman là-dessus. Et puis, j'ai compris: j'ai vu l'optimisme, la force qui en découlait. Et aussi qu'une personne handicapée n'est pas nécessairement bizarre. Mélodie est enfermée dans un corps dont on aurait jeté la clé ou la notice d'utilisation. Elle n'en demeure pas moins très intelligente, voire au-dessus des enfants de son âge. Elle a une fantastique mémoire, qui pourra être utile pour un concours de questions portant sur la culture générale, par exemple... 

Parce que cette histoire, aussi tragique soit-elle, porte un beau message. Tout le monde est capable d'accomplir un beau parcours dans la vie, pour peu qu'il s'en donne les moyens. Et Mélodie tente sa chance, malgré le regard en biais de son professeur, de la méchanceté de certaines. Elle a trouvé un but à atteindre, et s'y accroche. On ne peut qu'être en admiration. Sauf que... Notre auteure, Sharon M. Draper, n'a définitivement pas voulu faire dans la dentelle, et même si cela renforce le réalisme de cette histoire, je n'ai pas aimé qu'on abandonne Mélodie, alors qu'elle devait aller à Washington avec ses camarades pour disputer la phase finale de ce concours. En clair : les aléas de la vie n'épargnent personne. Même lorsque la petite soeur de Mélodie, bien portante, sort sous la pluie et se place juste derrière la voiture que la maman reculait pour pouvoir partir... 

Parce que chacun a de belles choses à dire et à partager. En fait, ce titre exprime seulement le fait que nous n'entendrons jamais le son de la voix de Mélodie : une voix grave, aigue, forte, douce, mélodieuse? En revanche, elle peut s'exprimer par d'autres biais, montrer qui elle est et qu'elle existe. Nous sommes tous différents, nous avons tous des béquilles plus ou moins importantes et visibles, mais nous n'avons pas que la voix  pour nous exprimer. Ce livre étant écrit comme si c'était Mélodie qui avait tenu le crayon, je me suis longtemps demandé, avant qu'elle puisse communiquer avec sa machine, comment elle avait fait pour rédiger ce livre? Oui, j'y croyais, tellement l'auteure s'est glissée dans ce corps si particulier, tellement elle a su retranscrire ce que l'on pouvait ressentir en étant diminué. 

  • Le silence de Mélodie, Sharon M. Draper, éditions Michel Lafon (2015)

 

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