C'est quoi le pitch? Gary a la maladie d'Alzheimer. Alors, avant que tout ne s'efface pour toujours, son petit fils Matt lui propose un road trip, direction la Californie, pour raviver ses souvenirs, lorsqu'il suivait durant sa jeunesse l'artiste Pat Boone sur sa tournée. Sauf que Matt apprend qu'il doit s'occuper de sa fille dont il ignorait l'existence jusque-là. Et sans compter deux invités surprise pour ce voyage : Luke, un ado en fugue et Antonia, qui sort d'une relation sentimentale houleuse. 

Une dernière évasion avant l'obscurité. Si vous me suivez régulièrement, je vous vois venir : oh non, elle va encore nous parler d'un roman "road trip" avec un personnage atteint d'Alzheimer (voir ma critique sur Le cherche-bonheur). Je dois donc vous convaincre de lire les lignes qui suivent pour que vous donniez sa chance à ce roman, certes banal dans son résumé, mais d'une puissance et d'une richesse émotionnelle que vous auriez tort de rater. On ne sombre jamais dans le pathos, et on a presque l'impression d'être avec eux, dans "La Vasse", leur véhicule de location. Et en aucun cas, vous ne devez réduire Gary à sa maladie, car c'est un homme exquis. Le noir le guette, le poursuit, le hante; mais ce voyage lui tient à coeur. Peut-être a-t-il fait une rencontre lors de cette fameuse tournée de 58? 

Le road trip, une expérience humaine enrichissante. C'est VRAIMENT mon rêve un jour. Je lis beaucoup de romans avec le road trip pour trame de fond, et à chaque fois, j'en ressors avec l'idée que c'est l'école de la vie, d'en faire un. On rencontre des gens qui bouleversent nos vies, on expérimente des choses, on se lance des défis qu'on ne ferait pas forcément au quotidien. Et il y a cette grande part d'imprévu... assez grisante ! A défaut de pouvoir en vivre un un jour, je me nourris littéralement de tous ces romans qui m'apportent un peu de rêve d'y croire dans un futur plus ou moins proche. A bon entendeur !

Un roman intergénérationnel saupoudré d'émotions. Les personnages se sont idéalement trouvés. Dès le départ, on sent une complicité se créer, malgré les secrets bien enfouis de chacun. Ils deviennent rapidement une famille, Antonia considérant Luke comme son petit frère, ou Gary les voyant comme ses enfants. Ils respectent leur aîné, sont à son écoute et restent soudés, comme s'ils n'avaient vécu que pour se retrouver tous pour ce voyage. Le thème est peut-être du déjà vu et revu, mais la recette fonctionne et tient la route, alors pourquoi ne pas vous laisser tenter? Sélectionné cette année pour le Prix Chronos (prix littéraire prônant l'intergénérationnel), il a toutes ses chances de convaincre les lecteurs. 

  • Quelqu'un qu'on aime, Séverine Vidal, éditions Sarbacane (2015)
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