C'est quoi le pitch? Lubin Maréchal, jeune acrobate, découvre que depuis quelques temps, il ne se réveille qu'un jour sur deux, et que lors de ses absences, un autre prend possession de son corps. Il mène une vie à l'opposé de la sienne. Ils communiquent quelques temps par vidéos interposées, jusqu'à ce que l'autre prenne plus de place et que l'alternance déraille, en faisant peu à peu disparaître Lubin. 

Mon avis : 

Ce roman graphique est tout simplement sublime !!!

Lubin souffre-t-il de trouble dissociatif de la personnalité, ou bien a-t-il volé la vie de cet autre qui revient tambour battant, rompre tout ce qu'il a bâti? Au départ, on a l'impression d'entrer dans une fiction un peu fantastique : Lubin se réveille un jour sur deux, donc sans savoir ce qu'il a fait la veille puisque c'est l'autre qui a mené la journée. On se dit que ça peut marcher, qu'ils se complètent tellement ils sont différents. Lubin mène plutôt une vie de saltimbanque, alors que l'autre se trouve un boulot dans l'informatique bien cadré. Lubin est bordélique, l'autre ordonné. Lubin fait attention à ce qu'il mange pour être toujours au top de sa forme, l'autre n'en a cure, il se sert de son cerveau, pas de son corps pour travailler. Mais tant que l'équilibre est là, tous ces petits points ne sont rien d'autre que des réajustements sur lesquels s'accorder. 

Puis Lubin réalise qu'il a manqué deux jours consécutifs, puis 3, et 4, ... Ses moments de présence s'estompent, au profit de l'autre, qui coupe toute communication avec Lubin, cache son argent, tous ses mots de passe...

Le temps passe, et tout le monde vieillit. Lubin met du temps à retrouver ses amis et ses proches, sachant qu'il ne vit plus que quelques jours par-ci, par-là. Il est contraint de renoncer à la femme qu'il aime, ne peut plus voir sa mère et sa sœur ...

Sans vous raconter la fin, je vais m'arrêter là, Le Boucher, à aucun moment, ne dit que son personnage perd la tête. Il consulte un psy, bien sûr, et on en apprend plus sur ces deux Lubin qui cohabitent et la raison pour laquelle ce phénomène s'est produit. Non, il raconte cela comme un récit extraordinaire, comme si Lubin vivait dans une sorte de monde parallèle où tout le monde trouverait normal de partager son corps avec un alter ego. 

Lubin aurait-il fait bel et bien un blocage durant son enfance, à la mort de ses parents? 

C'est intrigant, déroutant mais surtout bluffant ! 

  • Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, éditions Glénat (2017)
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