C'est quoi le pitch? La grand-mère de Clémence souffre de la maladie d'Alzheimer. Placée en EHPAD, elle s'est échappée plusieurs fois. Avant qu'elle oublie son enfance, Clémence l'enlève pour l'emmener dans la maison où elle a vécu toute petite. 

Mon avis : 

Un road trip vertigineux et fort en émotions nous est transmis par Alix Garin. Un de ces voyages qui marque, assurément, la lectrice hypersensible que je suis. Je n'ose imaginer une personne de mon entourage perdant la mémoire. Du jour au lendemain, nous pouvons devenir un parfait inconnu à ses yeux. Clémence veut encore profiter de sa grand-mère, dont elle a été plus proche que sa propre mère. J'entends beaucoup ce type de témoignage en ce moment : les parents travaillent tellement que ce sont les grands-parents qui s'occupent davantage de leurs petits-enfants. Le monde ne marcherait-il pas un peu sur la tête? Récemment, j'en ai moi-même pris conscience : j'ai considéré que c'était un vrai problème, si je devais passer plus de temps au travail qu'auprès de mon enfant. J'ai voulu cet enfant, je veux l'assumer. Quitte à moins gagner d'argent, puisqu'il ne fait pas le bonheur... Enfin, tout ça pour en venir à ce lien intergénérationnel puissant entre Clémence et sa grand-mère. Un lien que je salue positivement, moi-même étant plutôt proche d'une de mes grands-mères, même si ce lien se distend sans qu'on n'y puisse grand-chose, comme Clémence qui, en grandissant, a espacé ses visites, jusqu'à ne plus venir. Alors pourquoi, à cet instant, décide-t-elle de se lancer dans ce voyage un peu fou? Un passage à vide dans sa vie perso, ou des souvenirs remontant à la surface, de bons moments passés en compagnie de sa grand-mère? Peu importe les véritables motifs de ce road trip décidé sur un coup de tête. 

On se doute que ce voyage ne s'est pas bien terminé puisque Clémence est interrogée, tout au long du récit, et doit justifier ce qui l'a poussé à agir ainsi. 

C'est un très beau roman graphique qui vous cueille à où sommeille votre sensibilité, et qui vous laisse coi. Oui, c'est une réussite sublime, quoi dire de plus? Même, et surtout, les illustrations sont soignées, comme cette double page relatant un moment charnel en toute pudeur. Ou encore les corps nus de ces deux femmes, l'un ridé et décharné, l'autre plutôt pulpeux mais pas forcément assumé? En effet, j'ai cru au début que Clémence était un homme...

Une histoire poignante illustrant une triste réalité contre laquelle nous ne pouvons pas lutter et qui touche de plus en plus de personnes... 

  • Ne m'oublie pas, Alix Garin, éditions Le Lombard (2021)
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